«Nouvelle fiction»
«Nouvelle fiction»
un dossier sur la littérature hypermédiatique dans le Magazine électronique du CIAC
Le Magazine électronique du Centre international d'art contemporain de Montréal, pour son trentième numéro, propose un dossier sur la littérature hypermédiatique, «Nouvelle fiction».
Le numéro est présenté par Jean-Pierre Balpe dans un article intitulé «Mutations de la fiction»:
Parce que nous pensons le monde autant que nous le vivons, parce que nous le rêvons, l'imaginons, l'homme est pétri de fiction; la fiction nous fait. La fiction est présente depuis les origines mémorielles de l'humanité et il n'est pas de civilisation sans elle car, la plupart du temps, les civilisations se sont élaborées sur de Grands Récits fondateurs.
Or, aujourd'hui, peut-être parce que ces Grands Récits tendent à perdre de leur crédit et que nos civilisations s'en distancient de façon critique, la fiction comme jamais auparavant tend à dévorer le réel. La fiction nous cerne, nous structure, nous fait; jamais dans l'histoire du monde, autant que dans les sociétés contemporaines définies par leur idéologie libérale, la confusion réel-fiction n'a été aussi importante.
Alice van der Klei y signe un article sur NON-roman, une oeuvre de Lucie de Boutiny:
Le récit de NON est la critique du quotidien d'un couple de jeunes au tournant du Millénaire, branchés en permanence sur le Net ou la télévision. Selon les liens que le lecteur décide de parcourir dans cet hypertexte, il interprète le récit fictionnel de Madame et Monsieur selon des tonalités érotique, cynique ou désabusée. La lecture de leurs échanges textuels dans le premier épisode nous apprend que ces deux travailleurs cadres du monde corporatif et performatif se sont connus par le biais d'un site de rencontre en ligne et qu'ils se sont courtisés à distance en échangeant des courriels et en clavardant. L'épisode suivant représente le couple côte à côte devant leur télé, un samedi soir. C'est au lecteur de décider s'il veut lire l'histoire de Madame ou de Monsieur séparément ou simultanément en cliquant soit sur la fenêtre de Madame à gauche ou sur celle de Monsieur à droite.
Principes de gravité, une œuvre de Sébastien Cliche, est abordée par Xavier Malbreil:
Remarquons au passage la forme particulière utilisée par Sébastien Cliche, qui est celle de l'aphorisme, guère plus usitée de nos jours. A ce titre il faut saluer la bravoure de cet auteur, qui se risque sur un terrain oh combien difficile, balisé par des géants tels que La Rochefoucauld, Pascal, Lichtenberg, Nietzsche... Dans l'aphorisme, nul droit à l'erreur. Nulle pesanteur tolérée. On vise à l'excellence sinon rien. De l'aphorisme, on peut dire encore qu'il est la forme ultime du dicton, du proverbe, et qu'à ce titre il manifeste la patte d'un auteur au sein d'un genre qui ressortirait plutôt de la création populaire et collective.
Bertrand Gervais aborde Ulysses 101, de David Clark:
On comprend que les figures de texte apparaissent quand des écrits sont utilisés pour d'autres fins que leurs aspects linguistiques ou littéraires, pour leurs qualités plastiques, par exemple, ou leurs propriétés formelles. Les mots n'y ont plus valeur de signes linguistiques, mais d'images ou d'icônes. Ce sont leur aspect visuel, leur disposition sur la page, leur accumulation ou le traitement qui leur a été accordé qui deviennent signifiants. Ces figures de texte ne racontent rien - leur contenu a été neutralisé par les détournements auxquels ils sont soumis -, elles nous parlent cependant des textes et de leur statut, elles nous disent quelque chose de la culture du livre.
C'est à ce titre justement que Ulysses apparaît dans l'œuvre hypermédiatique de David Clark. Le roman de Joyce n'y est pas interprété, mais mis en représentation.
Magazine électronique du CIAC
«Mutations de la fiction» (Jean-Pierre Balpe)
«NON-Roman de Lucie de Boutiny» (Alice van der Klei)
«Principes de gravité de Sébastien Cliche» (Xavier Malbreil)
«Ulysses 101 de David Clark» (Bertrand Gervais)
